



Le site de l’association l’indique clairement :
| "Viaduc 07 est une association qui exploite un train touristique sur une ancienne ligne SNCF, désormais privée, de 14 Km. Le tronçon se situe en Ardèche entre les gares de Vogüé et de St Jean le Centenier." |
Rendez-vous donc à la gare de Vogüé, actuel point de départ du train touristique, 20 minutes avant le départ du train, comme indiqué dans l’horaire (qui a changé en 2007). Une composition « Caravelle » à deux voitures, dont l’autorail X4506, est à quai. Bon signe, il y a du monde, malgré que l’on est un mercredi en mai, début de saison touristique.
14h15, heure du départ, le train affiche pratiquement complet. Le moteur tourne depuis un quart d’heure et embaume la gare d’une odeur âcre de diesel, pas très écolo, ni économe tout ça. Pourtant l’accompagnateur ne se presse pas. Un passager a même le temps d’aller chercher ses lunettes solaires dans sa voiture. Un couple en retard bien chanceux monte encore à bord. Finalement le train se met en route avec 20 minutes de retard inexplicable, sympa pour ceux qui comme nous, se sont dépêchés d’avaler le déjeuner en 4ème vitesse pour s’annoncer bien en avance comme demandé…
Nous laissons sur notre gauche l’embranchement de la ligne vers Lalevade d’Ardèche, nous en reparleront plus tard. Un commentaire « live » est diffusé par microphone, hélas à peine compréhensible à cause de quelques passagers préférant raconter bruyamment leurs banalités sans même s’intéresser au paysage.
Surprenant, la ligne franchit la tranchée d’une route en construction grâce à un viaduc flambant neuf, beau progrès dans la sensibilisation pour la conservation du patrimoine ! Plus loin, la gare de Montfleury est totalement en chantier, des voies sont en cours de construction. Aucun commentaire sur ces travaux.
Avant chaque passage à niveau, le train s’arrête et donne de la corne, malgré les barrières automatiques abaissées, signal sonore et lumineux (télécommandées par émetteur). Pourquoi ? La réponse ne s’est pas faite attendre ! A Montfleury, un camion a manqué à 50 cm près de défoncer les barrières abaissées malgré la signalisation lumineuse et acoustique, et les avertissements du claxon de l’autorail heureusement à l’arrêt ! C’est que les usagers réguliers de la route ne s’attendent plus vraiment à rencontrer des passages à niveau fermés sur cette ligne.
Arrivée à la hauteur de la station Domaine Olivier de Serres, le train s’arrête, « 50 minutes d’arrêt ». Tiens, curieux, cet arrêt était pourtant prévu seulement au retour de St Jean le Centenier ?!? Non, le train ne semble pas prêt de continuer plus loin, le pilote commute déjà les feux dans l’autre sens de marche. Conséquence du départ retardé, ou l’inverse ? Le groupe de voyageurs se met en marche lentement — le parcours est agrémenté de panneaux didactiques — vers les bâtiments du domaine agricole, où une visite guidée est prévue.
Et la maquette ferrovaire annoncée sur le prospectus ? Une hôtesse du domaine me dit qu’elle se trouve tout près de la station du train, mais qu’elle n’est pas visitable actuellement (pourtant ouverte dès le mois de mai selon le prospectus). La moutarde commence à me monter au nez, déjà que l’on nous sabre un bout du parcours sans avertir, maintenant on m’apprend que je ne pourrai pas voir la maquette ! Tout cela devient très approximatif, et me rappelle certains autres trains touristiques français, où des courses sont annulées selon des appréciations du personnel du moment, et en dépis de l’horaire publié. La visite du domaine ne m’intéressant pas, je retourne déçu et fâché vers l’autorail.
Un peu à l’écart, les deux accompagnants du train, debouts dans l’herbe, bras croisés. « Où se trouve la maquette de train ? » leur lançais-je courtoisement et avec retenue, mais prêt à exprimer vivement ma frustration de me sentir berné. « C’est par ici, entrez ! ». Ben quoi alors, aucune pancarte, aucune communication, et après on viendra nous dire « on n’ouvre plus, ça n’întéresse personne » ?!? L’un d’eux m’explique que la maquette a du être déplacée peu avant l’ouverture de la saison, car ils ont du libérer le local à St Jean en dernière minute, et les prospectus étaient déjà imprimés, et qu’ils n’ont pas eu le temps de flécher le parcours et… Passons… !
Une belle maquette HO de quelques mètres de long représentant les environs de St Jean le Centenier à l’époque du trafic ferrovaire régulier. Le décor est soigné, réaliste. Seule une composition « Caravelle » tourne sans fin. Derrière le décor une gare cachée bien vide, probablement que tout n’a pas été remis en fonction depuis le déménagement.
« Et le parcours jusqu’à St Jean » ? Ben non, juste pour faire un aller-retour sans s’arrêter, ça ne vaut pas la peine, alors on ne le fait pas ! Cela n’empêche pas de laisser tourner le moteur pendant la petite heure d’arrêt… Et tant pis pour les 20 minutes du parcours restant, les amoureux des trains apprécieront, ils en auront pour leur argent… Bon, il faut dire que la plupart des passagers ne semble pas être venu pour le train lui-même. Peu à peu l’autorail se remplit à nouveau et départ pour le retour direction Vogüé.
Avant d’entrer en gare de Vogüé, une petite gâterie pour le dessert tout de même (soyons fous…) : le simple aller-retour sur le bout de ligne de 1 Km encore existant de l’ancienne section qui allait jusqu’à Aubenas et Lalevade d’Ardèche, histoire de se rendre sur le fameux viaduc en courbe sur l’Ardèche en face de Vogüé-Village. Au delà la ligne s’arrête dans le tunnel juste après, servant de remise de matériel roulant.
Retour, définitif cette fois, à Vogüé, le temps de faire encore quelques prises de vues du matériel roulant garé aux abords.
Toute l’excursion dure 2h30 environ, mais une petite heure est destinée à la visite du Domaine Olivier de Serres ou de la maquette ferroviaire, heureusement située au même endroit. Coupler l’excursion avec la visite de cet institut a le mérite de passablement élargir le public cible en donnant un but supplémentaire au voyage. Mais j’ai l’impression qu’elle en est même devenue le but primaire, que finalement tout repose là-dessus, comme le témoignent le raccourcissement du parcours à cette station et le peu d’intérêt des visiteurs du moment pour la « chose ferroviaire » et les paysages.
C’est clair, l’intérêt est que le petit train survive en assurant des rentrées pécunières, quitte à assurer des prestations sans rapport direct avec sa préservation. Mais cela ne fonctionnera que si les usagers sont satisfaits du service, par exemple en évitant de les gazer pendant 3/4 d’heure en gare de Vogüé en attendant un départ retardé inexplicablement, en étant un peu précis dans les horaires, dans les indications.
Là je vais être plus piquant, (peut être encore trop sous l’influence des déconvenues relatées ci-dessus ?), mais l’amateur ferroviaire que je suis n’en est pas ressorti très enthousiaste, je reste même un peu sur ma faim.
Certes la SNCF ayant fortement dépouillé les gares entre 1969 et 1988, puis les ayant vendues, l’ambiance ferroviaire du bon vieux temps n’est plus vraiment palpable, et là contre on n’y peut plus rien sans moyens démesurés.
Il y a pourtant des moyens simples, pas coûteux, pour compenser cet héritage asceptisé, par exemple une présentation (parlée ou écrite) du matériel roulant et de l’histoire de ce réseau particulier qu’est l’étoile de Vogüé, un contrôleur sympa en costume d’époque venant poinçonner les billets (tiens au fait, le gars en tee-shirt blanc n’est même pas venu…).
Il faut l’admettre, chez Viaduc 07, on se bat pour entretenir et rouler, ça a le mérite d’exister, ça demande beaucoup de travail bénévole, étant membre d’une association je sais ce que cela représente. Mais je pense que c’est insuffisant pour assurer à terme une notoriété et une base solide. D’ailleurs à l’hôtel on m’avait dit « n’y allez pas, ça vaut pas l’coup, allez plutôt au… ». Quel dommage !
Mais la ligne a du potentiel de développement qu’il s’agit de bien appréhender, car en février 2007, l’ACFT (Association des Amis du Chemin de Fer Teillois) a été intégrée à Viaduc 07 pour ne former qu’une seule grande association dans le but d’exploiter la ligne touristique de Vogüé au Teil, et préserver en même temps le raccordement avec le reste du réseau ferrovaire.
Du coup, le parcours pourrait devenir nettement plus intéressant, et surtout accessible en train (aspect important pour la plupart des passionnés de trains, voyageant beaucoup en groupes), et pourquoi pas ouvert à des événements tels que des rencontres vapeur, histoire d’ajouter un plus à cette ligne dépourvue de piment.
Je souhaite dès lors « voie libre » à l’association Viaduc 07 pour ce prolongement stratégique à tous points de vue, et rendez-vous à Teil dans quelques mois !
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